La
société
La fabrication
du calvados
en Normandie au XIXème siècle
Par Jean-Marc Goglin
Au XIXe siècle, la Normandie est déjà la première région
productrice de pommes de France. La pomme est consommée en
boissons : cidre, peu alcoolisé, et calvados, fortement alcoolisé.
Les Normandes en sont très friands. Les étapes de la fabrication du
calvados, de la cueillette des pommes au vieillissement, sont précises.
I. De la pomme au cidre.
Si l’on dit qu’il existe plusieurs milliers de races de pommiers,
seules quelques dizaines sont utilisées pour fabriquer du cidre : la
bisquet, la bédan… Le cidre varie en fonction des pommes et de la
richesse du sol.
Les différentes variétés de pommes sont classées en quatre grandes
familles. Les amères sont riches en tanin et donnent du corps au cidre.
Les douces, très sucrées, sont faibles en tanin mais elles garantissent
la teneur en alcool. Les acidulées donnent au moût toute sa fraîcheur
en empêchant le développement des bactéries, grâce à la présence d’acide
malique. Les douces-amères stabilisent le degré d’alcool du cidre.
Les pommes sont ramassées à la main puis elles sont entreposées au sec
dans les greniers. Le travail est rapide : l’ouvrier chargé de
cette tâche est souvent payé à la quantité. Après avoir mûries, les
pommes sont broyées. Chaque producteur a ses méthodes. Le jus obtenu
doit ensuite fermenter, ce qui peut prendre une année. Le cidre est enfin
obtenu.
II. Du cidre au calvados.
La production de calvados se fait dans les grandes distilleries ou dans
les fermes. Les grandes distilleries disposent du matériel nécessaire.
La plus célèbre distillerie normande, celle du Père Magloire, est
créée en 1821. La marque est déposée dès 1825. Le personnage au
bonnet devient une légende normande, bien que n’ayant
jamais existé. La production fermière est plus modestement organisée.
Les fermiers n’ont pas tous un alambic. Il font alors appel à un
distillateur ambulant.
Il faut distiller le cidre pour obtenir du calvados. Il faut environ 13
litres de cidre à 5 degrés d’alcool pour obtenir après distillation 1
litre de calvados.
La distillation du cidre se fait avec un alambic. Le principe de
distillation aurait été découvert par les Perses, deux mille ans avant
J.-C. Les perfectionnements sont lents. Il faut attendre les progrès de
la chaudronnerie au XVIIIe siècle pour rendre les alambics véritablement
efficaces. Le cuivre a remplacé le bois et la maçonnerie. La technique
de le double-chauffe est rendue efficace par les travaux du médecin
hollandais Boerhaave. La Normandie n’est que lentement touchées par ces
progrès. En effet, les alcools normands intéressent peu Paris et la
distillation de l’alcool en Normandie reste confinée. La Révolution
française favorise la diffusion des alcools et des techniques.
L’alambic traditionnel est composé de six éléments : le foyer,
la chaudière, le chapiteau, le serpentin, le réfrigérant et le
chauffe-cidre. La distillation se fait en deux chauffes successives. Le
cidre est lentement chauffé dans la chaudière. Les vapeurs qui s’échappent
sont collectées dans le chapiteau. Les vapeurs aqueuses, trop lourdes,
retombent tandis que les substances alcooliques, plus légères,
continuent de monter. Les vapeurs se condensent en fin de parcours lorsque
le serpentin se trouve plongé dans l’eau froide du réfrigérant. Le
brouillis s’écoule doucement. L’alcool obtenu sera une nouvelle fois
chauffé afin d’obtenir, cette fois, le calvados.
III. Le vieillissement du
calvados.
Au sortir de l’alambic, le calvados tire entre 68 et 72 degrés d’alcool.
Il est encore complètement transparent. Mis dans des fûts de chêne, il
va prendre sa couleur noble et perdre de son taux d’alcool. L’évaporation
est inévitable.
Les méthodes de vieillissement varient selon le producteur. Certains
commencent par entreposer le calvados dans des petits fûts neufs avant de
le transvaser dans de fûts plus anciens et plus gros. Le jeûne chêne
contient des tanins très riches qui vont rapidement colorer le calvados
et lui donner des parfums fruités. Le vieux chêne va transformer
lentement les parfums fruités en parfums caramélisés, voire de tabac ou
de vieux cuir. Après plusieurs années, le calvados est prêt à être
consommé.
IV. La consommation.
L’usage du calvados est parfois étrange : il peut arriver que l’on
frictionne avec le nouveau-né, afin de lui souhaiter la bienvenue. Le
plus souvent, il est bu.
Homme et femme consomme le calvados mais de manière différente. L’homme
consomme surtout le calvados dans son café, en compagnie de ses amis,
chez lui ou au café du village. Chaque lampée de calvados a son
nom : la " rincette " puis la " sur
rincette ". Cette consommation est essentiellement masculine,
destinée à affirmer sa virilité.
La femme consomme de manière plus modérée. Il n’est pas rare qu’elle
possède sa propre bouteille, généralement accommodée de grains de
cassis ou de framboises.
Toute occasion est bonne pour boire du calvados : visite d’amis,
nouvelle à fêter…
Au XIXe siècle, le cidre n’est
plus considéré comme une boisson âpre, bonne pour les ermites en mal de
pénitence, comme les Normands du Moyen Age le pensaient. C’est une
boisson prisée dont on se sert pour fabriquer le calvados. Boisson
fortement alcoolisée, ce dernier est consommé par tous et fait partie de
la vie quotidienne du Normand.

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