Un problème communal
au XIXème siècle :
le déplacement du cimetière extra muros.
Un mouvement
continu
à partir de la seconde moitié du XIXème siècle.
Le décret du 23 Prairial an XII (12
juin 1804) est la pierre d'angle de la législation en matière d'inhumation. Il impose
une distance minimale de 35 à 40 mètres entre le cimetière communal et les
habitations les plus proches ; faute de quoi celui-ci devra être déplacé
extra-muros. Entre Amiens et Abbeville, au début du XIXème siècle, 99 lieux
d'inhumation sur 167 (59 %) sont dans ce cas de figure. Un seul d'entre eux
cependant (le cimetière de Rivery, près d'Amiens, en 1818) est déplacé
pendant les 25 années qui suivirent la promulgation du décret de Prairial.
Celui-ci n'aura donc pas eu d'effets immédiats.
Le mouvement de translation des cimetières ne s'amorce en fait que vers 1830.
II précède donc de quelques années l'Ordonnance royale du 6 Décembre 1843,
qui étend officiellement aux cimetières de village (et donc à l'ensemble des
communes) les prescriptions du décret de Prairial concernant leurs emplacements
par rapport aux habitations. Celui-ci permet ainsi aux Préfets d'imposer plus
facilement leur volonté aux communes. Les déplacements s'effectuent régulièrement
dans la seconde moitié du XIXème siècle, ainsi que dans la première moitié
du XXème siècle. 3 à 4 % des cimetières par décennie sont ainsi transférés
pendant cette période, du centre vers l'extérieur du village, de l'entourage
de l'église vers les champs. Ce pourcentage est plus important à l'époque de
la promulgation de l'Ordonnance de 1843, inférieur à celle de la Première
Guerre Mondiale. Ce mouvement s'est poursuivi par la suite, 16 cimetières ont
été déplacés à l'extérieur de la commune depuis la fin de la Seconde
Guerre Mondiale.
82 cimetières (soit la moitié du nombre total environ) ont ainsi été transférés
extra-muros, et ce sur l'ensemble de la région entre Amiens et Abbeville.
Celle-ci connaît donc, au XIXème puis au XXème siècle,
un mouvement de déplacement des cimetières extra-muros, prolongeant la
tendance amorcée dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le "champ
des morts" émigre alors du centre du village, au voisinage de l'église et
des habitations, vers l'extérieur. L'action de l'administration avec l'appui
des élites locales, des "esprits éclairés", est décisive, malgré
les résistances des communautés rurales concernées.
Ceci s'inscrit dans une volonté plus large de redéfinition de l'espace à
l'intérieur du village. La place du cimetière est désormais à l'extérieur
de la commune, au milieu des champs. Le paysage rural se minéralise alors, se
christianise, et ce d'autant plus qu'un nouveau type de lieux d'inhumations
apparaît au début du XXème siècle entre Amiens et Abbeville, le cimetière
militaire.

