Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

Les Articles






Un problème communal au XIXème siècle :
 le déplacement du cimetière extra muros.


Un mouvement continu
 à partir de la seconde moitié du XIXème siècle.







Le décret du 23 Prairial an XII (12 juin 1804) est la pierre d'angle de la législation en matière d'inhumation. Il impose une distance minimale de 35 à 40 mètres entre le cimetière communal et les habitations les plus proches ; faute de quoi celui-ci devra être déplacé extra-muros. Entre Amiens et Abbeville, au début du XIXème siècle, 99 lieux d'inhumation sur 167 (59 %) sont dans ce cas de figure. Un seul d'entre eux cependant (le cimetière de Rivery, près d'Amiens, en 1818) est déplacé pendant les 25 années qui suivirent la promulgation du décret de Prairial. Celui-ci n'aura donc pas eu d'effets immédiats.

Le mouvement de translation des cimetières ne s'amorce en fait que vers 1830. II précède donc de quelques années l'Ordonnance royale du 6 Décembre 1843, qui étend officiellement aux cimetières de village (et donc à l'ensemble des communes) les prescriptions du décret de Prairial concernant leurs emplacements par rapport aux habitations. Celui-ci permet ainsi aux Préfets d'imposer plus facilement leur volonté aux communes. Les déplacements s'effectuent régulièrement dans la seconde moitié du XIXème siècle, ainsi que dans la première moitié du XXème siècle. 3 à 4 % des cimetières par décennie sont ainsi transférés pendant cette période, du centre vers l'extérieur du village, de l'entourage de l'église vers les champs. Ce pourcentage est plus important à l'époque de la promulgation de l'Ordonnance de 1843, inférieur à celle de la Première Guerre Mondiale. Ce mouvement s'est poursuivi par la suite, 16 cimetières ont été déplacés à l'extérieur de la commune depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

82 cimetières (soit la moitié du nombre total environ) ont ainsi été transférés extra-muros, et ce sur l'ensemble de la région entre Amiens et Abbeville.



Celle-ci connaît donc, au XIXème puis au XXème siècle, un mouvement de déplacement des cimetières extra-muros, prolongeant la tendance amorcée dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le "champ des morts" émigre alors du centre du village, au voisinage de l'église et des habitations, vers l'extérieur. L'action de l'administration avec l'appui des élites locales, des "esprits éclairés", est décisive, malgré les résistances des communautés rurales concernées.

Ceci s'inscrit dans une volonté plus large de redéfinition de l'espace à l'intérieur du village. La place du cimetière est désormais à l'extérieur de la commune, au milieu des champs. Le paysage rural se minéralise alors, se christianise, et ce d'autant plus qu'un nouveau type de lieux d'inhumations apparaît au début du XXème siècle entre Amiens et Abbeville, le cimetière militaire.

















Anovi - 2002