La
vie
religieuse
Un problème communal au XIXème
siècle :
le déplacement du cimetière extra muros.
Par
Marc Nadaux
Pendant l'Antiquité et le Moyen Age, les inhumations se faisaient ad
sanctos (près du tombeau des Saints, de leurs reliques), dans un
espace sacré qui comprenait à la fois l'église et ses dépendances.
"Le mot de coemeterium ne désignait pas nécessairement le lieu réservé
aux inhumations mais tout l'enclos qui entourait l'église ... On
enterrait partout dans cet enclos, dans l'église et autour de l'église,
dans les cours, dans !es cloîtres" (1). L'église et son
enclos (qui devint par la suite le cimetière proprement dit) ne
constituaient alors qu'un même ensemble. Cet espace sacré était placé
au milieu des habitations, au cœur de la vie publique. Le cimetière était,
pour les populations, un lieu de marché, de réunions. On vivait ainsi
pendant toute cette période dans une certaine familiarité avec la mort.
Le XVIIIème siècle cependant amène une évolution dans les
mentalités. On s'inquiète à propos des corps décomposés, de
"leur redoutable chimie" (2) et donc à propos du cimetière,
de son voisinage vis-à-vis des habitations. Ce mouvement d'opinion
aboutit à la déclaration royale du 20 Mars 1776, qui oblige notamment
les villes et les bourgs à déplacer leur cimetière hors de l'enceinte
des habitations. Dès lors, certains lieux d'inhumation sont transférés
extra-muros et ce, dans l'indifférence quasi générale des populations.
Dans d'autres cas cependant, cet évènement controversé provoque des émeutes
dans les villes et les bourgs concernés.
Cette tendance qui se dessine à la fin de l’Ancien Régime, s'affirme
au XIXème et au XXème siècles. Entre Amiens et
Abbeville, de nombreux cimetières se déplacent extra-muros pour des
causes et dans des conditions différentes selon les époques. Dans tous
les cas cependant, cette translation est synonyme, pour les communautés
rurales, de bouleversement dans les habitudes, dans les relations qu'elles
entretiennent quotidiennement avec le sacré.