Le Comité central
de la Fédération de la Garde nationale
et l'administration de Paris sous la Commune
(18 mars-21 mai 1871)
" (…) la
logique de l'histoire n'opère pas par les idées claires et par
projets individuels, elle a pour instruments les complexes politiques et les projets
anonymes qui donnent à un ensemble d'individus un certain style commun
(…)"
M. Merleau-Ponty, Sens et
Nons-sens
Introduction
C'est un Paris
humilié par la défaite et affamé par le blocus des Prussiens qui se
trouve au bord de la révolution en février 1871 alors qu'une Assemblée
nationale à majorité monarchiste vient d'être élue pour négocier la
paix. La vie dans la capitale est malsaine car la misère y règne avec
intensité telle que la révolution paraît inévitable. De la mi-février
à la mi-mars, les Parisiens endurent les misères et déceptions nées du
siège de la capitale, de même que les maladresses d'une Assemblée sourde
à leurs revendications, la suspension du moratoire des loyers et la
suppression de la solde des gardes nationaux, pour ne nommer que quelques
facteurs ayant poussé à la révolution du 18 mars. Les tentatives de
Versailles de reprendre les canons de Montmartre, appartenant à la Garde
nationale, viendront mettre le feu aux poudres d'une révolution d'où émergera
une Commune désireuse d'assurer à la population la garantie de l'autonomie
municipale et de la République universelle.
C'est dans ce contexte de révolution et d'anarchie que le Comité central
de la Garde nationale, seule force encore capable de restaurer l'ordre, se
trouve en possession du pouvoir le 18 mars, trois jours après sa formation
définitive. Ce conseil civil, seul "gouvernement de fait" placé
à la tête d'une force armée de 200,000 hommes, veut cependant rendre légitime
le pouvoir et propose de faire des élections en ce sens. Tenues le 26 mars,
les élections aboutiront à la formation de la Commune de Paris qui, comme
je l'entends, ne fut pas uniquement un gouvernement insurrectionnel mais
davantage une tentative de gouvernement à connotation révolutionnaire
vivant dans un cadre municipal en dehors des griffes de l'État sous
l'auspice d'une confrontation des pouvoirs où le théorique (décisions, décrets,
réflexions) entra en conflit ouvert avec le pratique (pouvoir de la rue,
actions, manœuvres). Pour ma part, j'avance que la Commune représente le
pouvoir du théorique et le Comité central le pouvoir d'ordre pratique.
Cette manière de voir les choses constitue un cadre méthodologique me
permettant de chercher et comprendre si, face aux responsabilités relatives
au fonctionnement quotidien des services publics dans le cadre urbain
parisien, le Comité central de la Garde nationale a adopté une attitude de
gestion ou de surveillance selon qu'il ait dû se confronter aux représentants
de la Délégation (maires, adjoints et députés) ou à ceux de la Commune.
D'abord, le Comité central, tel que j'entends le soutenir tout au long de
la recherche, a dû gérer Paris entre le 18 et le 26 mars. De cette date,
la Commune prit la relève. Le problème, et c'est ce qui justifie cette
problématique, est que l'attitude du Comité central n'est pas claire.
Avant les élections du 26 mars, je pense qu'il a géré Paris sauf que
l'autonomie des arrondissements était encore assez forte. Sous la Commune,
le Comité central a remis ses pouvoirs à cette dernière mais en gardant
toujours un œil sur les affaires, voire à en assurer l'administration. Le
cas de la Guerre (défense de Paris) est percutant sur ce point.
Voilà donc pourquoi nous pouvons parler d'une "dualité des
pouvoirs". Au niveau du pouvoir politique, je pense que la Commune de
Paris est génératrice d'un espace urbain se divisant en deux optiques.
Premièrement, l'introduction et le travail en entier le démontreront,
directement ou non, il existait sous la Commune un type d'espace que nous
pouvons qualifier "de la rue". Cet espace met surtout en scène le
Comité central dans l'application concrète du pouvoir. En d'autres termes,
je veux donner un sens à la recherche empirique en soutenant que la gérance
des décisions prises en haut relève de l'immédiat, du concret, de la
prise de contact directe avec la rue. C'est tout le contraire du second
type d'espace urbain que j'ai identifié. Cet espace, représenté dans un
premier temps par la Délégation et ensuite par la Commune, est théorique,
argumentaire. Il met l'accent sur la société civile car il constitue un
ensemble étudiant les décisions au sens théorique sans se soucier nécessairement
des applications dans la rue. Cet espace politique parisien est indirect, médiatisé
et, on s'en doute, en conflit ouvert avec le premier type d'espace décrit
et ayant pour acteur principal le Comité central.
Cette catégorisation en deux volets de l'espace urbain parisien donne un
cadre théorique à la recherche de même qu'un sens aux données
empiriques. Elle n'est pas étanche car le théorique et le pratique
s'entrecoupent selon les circonstances mais le portrait global demeure, soit
que le Comité central travaille sur le terrain et la Commune dans les
"décrets" à l'Hôtel de Ville. Cette approche pour une histoire
politique de la ville est soutenue par une série de sources tels les Procès-verbaux
et le Journal Officiel de la Commune qui, bien que se contredisant
entre elles quelques fois et ne rapportant pas fidèlement les décisions et
gestes commis, n'en demeurent pas moins une mine d'or d'informations
relatives à l'attitude du Comité central au cours des 73 jours que dura la
Commune.

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