Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

Les Articles






Le Comité central
de la Fédération de la Garde nationale
et l'administration de Paris sous la Commune
(18 mars-21 mai 1871) 






Quatrième partie


  Une étude de cas :
 la défense de Paris et la place du Comité central
en matière de surveillance 
et de gestion de l'organisation militaire
.



La menace d'une invasion de Paris par les troupes versaillaises force les responsables de la Commune à prendre des décisions en matière de défense, de stratégie. La Commune, aux yeux du Comité central, semble à tel point déconnectée de la réalité que bon nombre de ses décisions ne sont pas appliquées sur le terrain. Ceci accroît à son paroxysme le vieux conflit juridictionnel entre le Comité central et la Commune. Alors que la logique voudrait l'unité dans la prise et l'application des décisions militaires en temps de crise, c'est plutôt l'anarchie et l'inaction qui règnent.



A) La défense de Paris vue par le Comité central.


Le front à Paris détermine la stratégie des Gardes nationaux. Ses ponts, ses rues et ses immeubles sont plus ou moins exposés aux attaques versaillaises selon l'endroit où l'on se trouve. C'est dans cet espace urbain de barricades, de tranchées et de fortifications que le Comité central organise, en misant sur le contrôle total de la Garde nationale, la défense de la capitale sans toujours se soucier des décisions de l'Hôtel de Ville. Le 27 mars, il indiquait déjà ses intentions en matière de défense :
   " Le Comité central (…) représente la force militaire. (…) il lui appartient de faire l'organisation de la Garde nationale, d'en assurer le fonctionnement, et de proposer à l'acceptation de la Commune toutes les mesures politiques et financières nécessaires à la mise à exécution des décisions prises par le Comité."



Sa vision stratégique repose finalement sur l'exploitation des divisions internes à la Guerre. Par exemple, le Comité central s'imposait partout où une décision n'était pas rendue, publiait des arrêtés et ordonnançait des dépenses sans l'accord du Délégué communal à la Guerre.

Le Comité central basait par ailleurs sa vision de la stratégie militaire sur le principe d'abolition des armées permanentes. Pour lui, c'est la milice des Parisiens en armes qui compte et rien d'autre. Il ne sait d'ailleurs pas comment agir face aux soldats permanents, fidèles ou non à la Commune, se trouvant dans Paris. On décide de leur allouer la somme quotidienne de 1,50  ff sans toutefois les obliger à servir effectivement. Une autre mesure du Comité central voulait l'amélioration du commandement. Plutôt que de faire passer un examen technique aux cadres de l'armée, comme le souhaitait la Commune, le Comité central faisait passer des "examens politiques" visant à vérifier les convictions révolutionnaires des candidats. C'est devant ce genre d'attitude que deux des Délégués communaux à la Guerre, les saint-cyriens Cluseret et Rossel, démissionnèrent devant ce qu'ils qualifiaient d'"incompétence militaire".



B) La défense de Paris vue par la Commune.


Pour la Commune, l'idée centrale afin d'assurer la défense de Paris est la militarisation de la Garde nationale, c'est-à-dire la création de corps permanents organisés autour de la structure classique et centralisée des compagnies, bataillons et régiments. Cluseret veut obliger les Parisiens, mariés ou non, âgés de 19 à 40 ans à servir dans la Garde nationale afin d'accroître ses effectifs dans la lutte contre Versailles. C'est de lui qu'émane l'idée de l'examen technique mentionné précédemment et que le Comité central a transformé en examen politique. Il faut donner à Paris une armée digne de la révolution qu'elle organise.

La Commune tente également de hiérarchiser l'organisation de la défense. La Commission militaire de la Commune proposait le 27 mars de délimiter les pouvoirs entre la Commune et le Comité central. Cette proposition consistait a enlever tout pouvoir politique au Comité central pour ne lui laisser que l'administration de la Garde nationale. La Commune a par conséquent le rôle principal par l'émission de décrets militaires tandis que le Comité central doit se contenter d'exécuter les ordres. Le 27 avril, un rapport de la Commission militaire indiquait: " Pouvoir communal délégué aux municipalités; intermédiaire et concours actif par les conseils de légion et le Comité central; ordres militaires exécutés par l'autorité des chefs de légion."

La Commune veut centraliser ce qu'elle croit être une armée régulière où il ne manque que le caractère de l'organisation. Le Journal Officiel publiait le 5 avril des décisions relatives à la répartition des tâches, confiant par exemple au général Bergeret le commandement de la Place de Paris alors que Cluseret se contenterait d'administrer son "ministère". Dans les faits, l'espace urbain parisien n'offrait pas à la Commune l'opportunité de centraliser l'organisation de la Garde nationale et ce en dépit des courtes distances à parcourir de l'Hôtel de Ville au front.



C) Les problèmes juridictionnels entre le Comité central
et la Commune en matière de défense.



Les troupes versaillaises causèrent des défaites mais également de lourdes pertes aux Fédérés. Les problèmes juridictionnels entre la Commune et le Comité central font perdre du temps et empêchent de combler les vides dans les rangs. Au plan technique, la Commission militaire, au lieu de se trouver au front afin d'orienter la stratégie, prenait la plupart de son temps à recevoir les cadres de la Garde nationale qui réclamaient des vivres, des munitions tout en se plaignant de ne pas être relevés. De plus, la Commission possédait une imposante batterie d'artillerie au Champ-de-Mars alors que le Comité central en avait également une à Montmartre, d'où l'impossibilité de créer un parc central d'artillerie.

Devant ces lacunes administratives, qui contribueront à la défaite de la Commune, la Commission militaire semble être la seule à pouvoir trouver une solution. Cluseret tente en effet d'inclure dans son administration des hommes du Comité central mais ces derniers perçoivent la manœuvre comme dictatoriale. Il le fait malgré que le Comité central avait renoncé à tout contrôle sur la Commission militaire le 29 mars :
   " Ils (les membres du Comité central) déclarent qu'ils ne cesseront d'être toujours en accord avec la Commune, qu'ils considèrent comme le seul pouvoir régulier. Le Comité (…) ne saurait s'immiscer dans les actes directs de la Commune (…)".



Je pense que l'irresponsabilité du Comité central, à nouveau soulignée, peut rendre celui-ci dangereux pour la Commune mais c'est surtout son influence auprès de la Garde nationale qui est à considérer. D'ailleurs, Edward S. Mason écrit: " The conflict of authorities during April, while serious enough to hamper the administration of war, as Cluseret later insisted, was not serious enough to disturb the Commune greatly."













 © Anovi - 2002