Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

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La plantation d'une croix de chemin :

un événement paroissial. 

Qu’est-ce qu’une croix de chemin?







Depuis le VIIème siècle et l’évangélisation des campagnes, des croix de chemin se dressent dans les campagnes. Celles-ci remplacent tout d’abord des bornes qui jalonnent les voies militaires. Elles marquent également les limites, la frontière des grands domaines laïcs ou religieux. Ainsi, pendant la période médiévale, l’érection d’une croix de chemin revêt un caractère pratique voire politique autant que religieux. D’autres calvaires sont également élevés depuis cette époque afin de commémorer un événement, mais aussi afin d’expier un meurtre, un fait inhabituel entachant l’endroit où ils se sont produits. A travers les bois ou les champs, l’image du Christ, symbole du christianisme, sanctifie les carrefours et sauvegarde les voyageurs ou les pèlerins. Placée aux limites de la paroisse ou à l’entrée du village, elle protège les populations rurales contre l’au-delà et l’inconnu. Héritages des siècles passés, rares sont les villages qui en sont dépourvus. Ces calvaires, plantés au bord des chemins et des routes, sont autant de lieux consacrés à la religion.

Pendant la période révolutionnaire, de nombreux monuments cependant ont été abattus en Picardie. Dés le commencement du XIXème siècle, les populations rurales, à la suite du concordat signé en 1801 entre Bonaparte, le premier consul et le pape Pie VII, s’emploient à les relever avec l’accord des autorités. L’emplacement de ces croix de chemin sur le territoire communal ne fait l’objet d’aucune réglementation précise. C’est un des rares éléments oubliés dans le texte du concordat de 1801. Ses articles organiques, le règlement concernant les Fabriques publiés en 1808 n’en font aucunement mention. Seule une circulaire du préfet Quinette adressée aux maires du département et datée du 6 thermidor an XII (1804) y fait allusion.
(Doc 1) .Celle-ci cependant traite de l’emplacement des croix de chemin dans le cadre de la voirie publique, elles ne doivent en aucun cas gêner la circulation. Aussi, " c’est dans l’intérieur des cimetières, dans les lieux retirés clos de murs ou de haies, et consacrés au culte, que l’on doit seulement planter les croix " (1). Au début du XIXème siècle, chaque maire désirant ériger un calvaire dans sa commune envoie alors aux autorités préfectorales une demande officielle (Doc 2) accompagnée par le plan des lieux concernés. (Doc 3) Ce principe est néanmoins progressivement abandonné. La circulaire préfectorale précise également que la croix de chemin " ne doit pas être exposée sans précaution " (2). Aussi, à Camon en 1865, le conseil municipal décide d’installer de magnifiques grilles de fer autour du calvaire occupant le centre de la commune, à l’intersection des chemins qui y mènent. (Doc 4) Généralement, les croix de chemin sont entourées d’arbres (de tilleuls notamment) ; ceux-ci font office de protection lors du passage des bestiaux qui pourraient éventuellement endommagé le calvaire. La croix occupe alors le centre d’un espace délimité, un enclos sacré, une petite cathédrale de végétation. Celle-ci est placée dans la plupart des cas sur un talus surplombant la route ou sur une hauteur, en des endroits bien visibles des passants, des villageois travaillant aux champs.

Après le vote de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, l’érection d’un calvaire sur le territoire communal et paroissial n’est réalisable qu’avec l’accord préalable du maire et des autorités préfectorales.



(1) . Le préfet Quinette aux maires du département, datée du 6 thermidor an XII, circulaire relative aux plantations de croix, V461 014, ADS.
(2)
. Ibid.














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