La
plantation d'une croix de chemin :
un
événement paroissial .
Qu’est-ce qu’une croix de chemin?
Depuis le VIIème
siècle et l’évangélisation des campagnes, des croix de chemin se
dressent dans les campagnes. Celles-ci remplacent tout d’abord des
bornes qui jalonnent les voies militaires. Elles marquent également les
limites, la frontière des grands domaines laïcs ou religieux. Ainsi,
pendant la période médiévale, l’érection d’une croix de chemin revêt
un caractère pratique voire politique autant que religieux. D’autres
calvaires sont également élevés depuis cette époque afin de commémorer
un événement, mais aussi afin d’expier un meurtre, un fait inhabituel
entachant l’endroit où ils se sont produits. A travers les bois ou les
champs, l’image du Christ, symbole du christianisme, sanctifie les
carrefours et sauvegarde les voyageurs ou les pèlerins. Placée aux
limites de la paroisse ou à l’entrée du village, elle protège les
populations rurales contre l’au-delà et l’inconnu. Héritages des siècles
passés, rares sont les villages qui en sont dépourvus. Ces calvaires,
plantés au bord des chemins et des routes, sont autant de lieux consacrés
à la religion.
Pendant la période révolutionnaire, de nombreux monuments cependant ont
été abattus en Picardie. Dés le commencement du XIXème siècle, les
populations rurales, à la suite du concordat signé en 1801 entre
Bonaparte, le premier consul et le pape Pie VII,
s’emploient à les relever avec l’accord des autorités.
L’emplacement de ces croix de chemin sur le territoire communal ne fait
l’objet d’aucune réglementation précise. C’est un des rares éléments
oubliés dans le texte du concordat de 1801. Ses articles organiques, le règlement
concernant les Fabriques publiés en 1808 n’en font aucunement mention.
Seule une circulaire du préfet Quinette adressée aux maires du département
et datée du 6 thermidor an XII (1804) y fait allusion.
(Doc
1)
.Celle-ci cependant traite de l’emplacement des croix de chemin dans le
cadre de la voirie publique, elles ne doivent en aucun cas gêner la
circulation. Aussi, " c’est dans l’intérieur des cimetières,
dans les lieux retirés clos de murs ou de haies, et consacrés au culte,
que l’on doit seulement planter les croix " (1). Au début
du XIXème siècle, chaque maire désirant ériger un calvaire dans sa
commune envoie alors aux autorités préfectorales une demande officielle
(Doc
2)
accompagnée par le plan des lieux concernés.
(Doc
3)
Ce principe est néanmoins progressivement abandonné.
La circulaire préfectorale précise également que la croix de chemin
" ne doit pas être exposée sans précaution " (2).
Aussi, à Camon en 1865, le conseil municipal décide d’installer de
magnifiques grilles de fer autour du calvaire occupant le centre de la
commune, à l’intersection des chemins qui y mènent.
(Doc
4)
Généralement, les croix de chemin sont entourées
d’arbres (de tilleuls notamment) ; ceux-ci font office de
protection lors du passage des bestiaux qui pourraient éventuellement
endommagé le calvaire. La croix occupe alors le centre d’un espace délimité,
un enclos sacré, une petite cathédrale de végétation. Celle-ci est
placée dans la plupart des cas sur un talus surplombant la route ou sur
une hauteur, en des endroits bien visibles des passants, des villageois
travaillant aux champs.
Après le vote de la loi de séparation de l’Église et de l’État en
1905, l’érection d’un calvaire sur le territoire communal et
paroissial n’est réalisable qu’avec l’accord préalable du maire et
des autorités préfectorales.
(1) . Le préfet Quinette aux
maires du département, datée du 6 thermidor an XII, circulaire relative
aux plantations de croix, V461 014, ADS.
(2) . Ibid.

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