La
plantation d'une croix de chemin :
un
événement paroissial
.
Pourquoi planter une croix de chemin ?
Diverses
causes président au XIXème siècle à la plantation d’un
calvaire sur le territoire de la commune.
Au début du siècle, il
s’agit de relever la croix du village abattue au cours de la période révolutionnaire.
Ainsi en 1806, à Cardonnette dans la canton de Villers–Bocage, le maire
et le desservant écrivent de concert au préfet (conformément aux
prescriptions de la circulaire du 6 thermidor an XII) afin que celui-ci
les autorise à planter une croix. Ils font alors valoir que " celle-ci
est absolument nécessaire au culte et doit servir comme celle qui précédait
de station lors de la procession qu’on fait les jours des dimanches et
des fêtes avant la Messe paroissiale " (1).
Par la suite, d’autres
calvaires sont érigés afin de commémorer un événement. Nombreux sont
ceux qui ont été plantés à l’issue d’une mission, une prédication
dirigée par des prêtres spécialisés et extérieurs à la paroisse qui
se déroule généralement sur une période d’une semaine. Celles-ci,
organisées notamment par les Pères lazaristes, se multiplient au cours
du XIXème siècle " afin de ranimer les sentiments de foi et de
piété " (2). La journée de clôture de la prédication
s’achève alors par l’érection d’un calvaire destinée à en préserver
le souvenir. A Limeux en 1886, Madame Galland élève, elle, une croix
" à la Gloire de Dieu " (3) dans le village,
à la suite du retour de son pèlerinage effectué à Lourdes.
Parfois également, l’érection
d’un calvaire est destinée à expier un fait anormal qui entache les
lieux où celui-ci s’est produit. Ainsi, au hameau de Bichecourt près
d’Hangest-sur-Somme, une croix de chemin est plantée sur le bord d’un
talus dans une descente dangereuse. Elle rappelle qu’ " Ici
est mort accidentellement Oscar Dumetz, négociant à Vignacourt (un
village voisin) le 8 mai 1878 à l’Age 28 ans " (4).
La plantation d’une croix
de chemin peut également être une forme d’hommage funéraire. A
Molliens-aux-Bois en 1872, la plantation d’une croix " est le
pieux hommage d’un père chrétien et résigné dont le fils unique
n’avait échappé aux balles de l’ennemi (lors des combats de la
guerre de 1870-1871) que pour tomber sous le coup d’une maladie alors
qu’il était encore au poste du devoir et de l’honneur sous les
remparts de Paris " (5). Quelques calvaires ont également
été érigés en souvenir des villageois morts au cours des combats de la
guerre de 1870-1871 (à Quevauvillers) ou de la première guerre mondiale
(à Fourdrinoy ou à La Vicogne).
A Cardonnette, une croix est plantée à l’entrée du village, à la
suite de l’épidémie de 1849 en signe de reconnaissance : " la
jeunesse et les habitants de Cardonnette afin de soustraire au choléra
qui multipliait parmi eux les victimes, ont fait vœu d’ériger cette
croix, leur unique espérance, ce vœu fut exaucé aussitôt que formé et
ce monument de leur piété devient comme un gage de leur reconnaissance.
Vie Jésus, vive sa voix ! " (6).

(1) . Lettre du maire et
du desservant au préfet datée du 20 mai 1806. O 1053, Cardonnette, ADS.
(2) . Le Dimanche (semaine religieuse du diocèse de la
Somme), 14 avril 1872, n°42.
(3) . Inscription placée sur la croix.
(4) . Ibid.
(5). Le Dimanche, 14 avril 1872, n°42.
(6) . Inscription apposée sur la croix.
