La
plantation d'une croix de chemin :
un
événement paroissial
.
Qui finance l’érection du monument ?
Au
XIXème siècle, les croix de chemin proviennent généralement
de donations d'habitants aisés du village, le meunier Augustin Caron en
1828 à Bavelincourt ; de notables, Quentin Balédent, " agriculteur
et notaire " (1) en 1809 à Pernois ; de la noblesse
locale, madame Poujol de Fréchencourt en 1884 à Fréchencourt, madame la
contesse de Brutelette en 1890 à Liercourt ; d’une personnalité
parfois, monsieur le vicomte de Raineville, sénateur de la Somme en 1876
à Allonville ou l’évêque monseigneur Bataille en 1873 à Rubempré.
Parfois également, la
donation se partage entre plusieurs personnes. Le terrain sur lequel est
plantée la croix, provient ainsi souvent du châtelain du village ou
d’un gros propriétaire terrien ; la croix de fer ou le chêne dans
lequel sont taillés les montants de la croix sont eux des dons de
particuliers, d’une famille ; quant au Christ lui-même, la coutume
veut que la somme nécessaire à son achat par le prêtre soit réunie au
moyen d’une souscription auprès de l’ensemble de la communauté
paroissiale.
Dans certains cas également, l’érection d’un calvaire dans le
village n’est le fait que de la générosité d’une pieuse famille.
Ainsi à Berteaucourt-les-Dames à la fin du siècle, " les pays
voisins se souviennent des grandes manifestations qui ont suscité les
Plomet et les Ducrocq " (2). Par un accord tacite
cependant, la croix et le terrain sur laquelle celle-ci est érigée
fait bientôt partie des possessions de la fabrique. Le conseil des
fabriciens qui gère et entretien les biens de la paroisse se charge alors
de pérenniser le monument. Parfois d'ailleurs un acte notarié
officialise la donation
(Doc
5).
La plantation d’une croix, tout comme la construction d’une nouvelle
église s’inscrit également dans le cadre des rivalités, de l’émulation
entre les communes. De plus, le calvaire, après son érection, est appelé
par le nom de son généreux donateur, la croix Duvillé à Saveuse, la
croix Bourgeois à Allery ou la croix Clément à Bailleul … Ainsi,
entendre son nom associé à l’un des monuments du village, qui plus est
lorsqu’il s’agit de l’image vénérée du Christ, est la source
d’une grande fierté personnelle.
Ce genre d’émulation est donc lui aussi présent à l’intérieur du
village, même entre les grandes familles, les notables locaux. Ce
sentiment dépasse le cadre du temps et des générations. Ainsi à
Revelles, les trois calvaires qui jalonnent le territoire communal sont
tous trois monumentaux.

Le plus ancien d'entre-eux
érigé en 1851
sur un piédestal en pierre circulaire
du XVIème siècle (1533).
Un Christ particulièrement expressif
de taille humaine
sur une croix de bois
d’une hauteur de 6 mètres
plantée en 1892.
Un riche calvaire en béton
datant de 1933
et orné d’un Christ en bronze.
(1) .
Inscription apposée sur la croix.
(2) . Le Dimanche, 3 octobre 1897, n°1371.
