Les
églises du XIXème siècle dans la Somme :
"Une fièvre de reconstruction".
Un mouvement de grande ampleur.
Le XIXème
siècle est donc une période d'intenses constructions des édifices religieux,
notamment dans le département de la Somme et sur l'espace compris entre Amiens
et Abbeville.
On peut cependant se demander si l'ensemble de la période concordataire a été
concernée par ce vaste mouvement et dans quelles proportions ?
La Révolution fut, pour les bâtiments consacrés au culte, et pour les églises
en particulier, une période difficile. Certaines d'entre elles furent, à cette
époque, vendues ou affectées à des usages particuliers (granges, entrepôts).
Ainsi, le Préfet Quinette peut écrire au Ministre de l'Intérieur en 1805 :
"la majeure partie des bâtiments actuellement affectés au service du
culte est dans un état de dépérissement presque absolu, par le défaut
d'entretien depuis 1791 ; et les communes, au moins celles rurales, manquent de
moyens pour subvenir aux dépenses considérables que va nécessiter la mise en
état des édifices concernés" (1). Pourtant,
les communautés rurales entreprennent ce travail considérable de restauration.
II concerne les premières décennies du XIXème siècle. Peu d'églises datent
donc de cette période, 4 entre Amiens et Abbeville.
Le mouvement de construction ne commence en fait que sous la Monarchie de
Juillet. 5 églises sont édifiées entre 1830 et 1839, dont l'église de
Saint-Vast en 1833, dans le canton de Villers-Bocage. Le mouvement prend alors
de l'ampleur dans les années 1840 et atteint son apogée sous le Second Empire.
9 églises sont ainsi construites entre 1840 et 1848, dont l'église d'Allonville,
près d'Amiens, en 1841. 7 datent des années 1850 à 1859, dont l'église de
style néo-classique de Bavelincourt en 1852 et l'église néo-gothique de Coisy
en 1853, toutes deux situées dans le canton de Villers-Bocage. 12 appartiennent
à la deuxième décennie du régime de Napoléon III, dont l'église de style néo-roman
de Pont-Rémy, construite de 1867 à 1871, dans le canton d'Ailly-le-Haut-Clocher.
Le mouvement se ralentit ensuite sous la Troisième République, même si 8 églises
sont construites entre 1880 et 1899, dont l'église de style néo-byzantin de
Cardonnette, dans le canton de Villers-Bocage, en 1895. II s'estompe complètement
au début du XXème siècle et à la veille de la Première Guerre Mondiale.
Au total, 53 églises ont été édifiées pendant le siècle concordataire,
dans la région située entre Amiens et Abbeville, et ce sur 150 environ pour
l'ensemble du département. Les populations situées sur l'espace qui nous intéresse,
ont donc été particulièrement touchées par la "fièvre de
reconstruction". Ceci est d'autant plus appréciable si l'on s'en tient au
fait qu'il s'agit d'1 église sur 3 qui date du siècle précédent. De plus, si
l'on comptabilise les édifices ayant fait l'objet d'un agrandissement ou d'une
reconstruction partielle, on arrive à un total de 80, soit 1 sur 2. Ces différents
chiffres permettent donc d'apprécier l'énorme travail réalisé pendant la période
concordataire.
Cependant, cette vague de reconstruction a touché avec plus ou moins d'intensité
les différentes régions qui font partie de la surface étudiée. (voir carte 7
et document 5). Ainsi, les, cantons d'Abbeville (2 églises sur 13 répertoriées,
soit 15 %), d'Hallencourt (4 églises sur 20, soit .20 %) et de Molliens-Dreuil
(6 églises sur 30, soit 20 %) sont peu concernés. Les cantons d'Amiens (5 églises
sur 16, soit 31 %), de Picquigny (7 églises sur 21, soit 33 %) et de
Domart-en-Ponthieu (7 églises sur 22, soit 32 %) le sont moyennement. Et ce,
par rapport aux cantons d'Ailly-le-Haut-Clocher (10 églises sur 23, soit 43 %)
et surtout par rapport au canton de Villers-Bocage qui, avec 12 édifices sur 25
répertoriés, soit 48 %, est le canton où il s'est le plus construit d'églises
pendant la période concordataire.

D'où proviennent ces disparités ?
La cause principale invoquée pour la reconstruction d'une église est son
mauvais état général, rendant inutiles toutes réparations partielles. On
constate ainsi, et ce grâce aux procès-verbaux de visites pastorales de
Monseigneur Mioland (1839-1844), que les cantons d'Abbeville, d'Hallencourt et
de Molliens-Dreuil, peu concernés par la vague de constructions qui nous intéresse,
possèdent à cette époque des églises bien entretenues, 70 % de ces édifices
au moins sont en bon état. De plus, certaines églises du canton d'Hallencourt
(dans les villages d'Allery, de Fontaine-sur-Somme et de Huppy) sont de solides
constructions du XVlème siècle.
De plus, les cantons d'Ailly-le-Haut-Clocher et de Villers-Bocage, possédant
tous deux plus de 40 % de leurs églises édifiées au XIXème siècle, ont,
quant à eux, 1 église sur 2 en mauvais état entre 1839 et 1844.
Cette configuration pourrait être la conséquence à long terme des exactions
ou du défaut d'entretien qu'ont connus ces monuments pendant la période révolutionnaire.
On constate aussi, d'après la "carte de géographie morale et religieuse
de la Somme en 1848" (2) que les cantons d'Ailly-le-Haut-Clocher, de
Domart-en-Ponthieu et de Villers-Bocage, régions considérées comme 'assez
satisfaisantes", sont ceux où les constructions d'églises ont été les
plus nombreuses sur l'espace qui nous occupe au XIXème siècle. Ils s'opposent
en cela aux cantons de Molliens-Dreuil et d'Hallencourt notamment, considérés
comme "médiocres" et même "mauvais", peu touchés quant à
eux par la "fièvre de reconstruction" du XIXème siècle. La
reconstruction de !'église ayant pour initiateur le prêtre dans la plupart des
cas, mais elle repose surtout sur les élites locales et sur les populations
villageoises, prêtes à produire un effort financier de longue durée.
Ces différentes disparités de pourcentage d'églises issues du siècle précédent
à l'intérieur des cantons s'expliquent donc par la conjonction de ces deux éléments
: des églises en mauvais état, situées dans des villages où le prêtre, les
élites locales, la communauté toute entière, sont disposés à assumer
l'effort financier nécessaire à leurs reconstructions.
Les régions comprises entre Amiens et Abbeville connaissent donc au XIXème
siècle un mouvement de reconstruction des édifices religieux d’une grande
ampleur : 1 église sur 3 date de cette période. Ce pourcentage est bien supérieur
à celui concernant l'ensemble du département, 1 sur 5. Les cantons d'Ailly-le-Haut-Clocher
et de Villers-Bocage, avec respectivement 10 et 12 réalisations, sont même les
plus "prolifiques" de la Somme.
(1) . Lettre datée du 30 Ventose an XIII. V 431 0 82.
(2) . Matériaux pour l'histoire religieuse du peuple français (XIXème-XXème
siècles). éditions du CNRS, Paris, 1982, 635 p.

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