Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

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Les églises du  XIXème siècle dans la Somme :
"Une fièvre de reconstruction".


L'emplacement choisi.






L'emplacement à l'intérieur du village des églises construites au XIXème siècle, est tout à fait révélateur de cet investissement des populations rurales. La grande majorité d'entre elles sont ainsi situées au milieu des habitations, au centre de l'agglomération.
La nouvelle construction est ainsi élevée sur l'emplacement de l'ancienne église, démolie peu de temps auparavant. Autour, restent parfois quelques monuments funéraires, quelques croix de fer, débris de l'ancien cimetière qui vient d'être déplacé à l'extérieur du village. Cette translation précède parfois l'édification de la nouvelle église de peu de temps. Ainsi, à Gorenflos, dans le canton d'Ailly-le-Haut-Clocher, la nouvelle église en briques est construite en 1869 sur l'emplacement de l'ancienne et du cimetière, déplacé en 1854. De même, à Coisy, dans le canton de Villers-Bocage, où l'église est édifiée en 1854, le cimetière étant, quant à lui, transféré à l'extérieur de la commune en 1844.
La construction d'une nouvelle église permet alors au Conseil municipal de mettre en valeur l'espace ainsi libéré au centre du village.

Dans d'autres cas, l'emplacement de la nouvelle église est un choix qui s'inscrit dans le cadre plus vaste d'une politique d'organisation de l'espace, au sein de la commune. En effet, l'ancienne église, petite et délabrée, située à l'extrémité du village ou même en dehors, ne participe pas véritablement à la vie quotidienne de ses habitants: L'emplacement de la nouvelle construction est alors acheté par la commune, comme à Bavelincourt, par exemple, dans le canton de Villers-Bocage, en 1853 ou à Bettencourt-Saint-Ouen, dans le canton de Picquigny, en 1848. Le nouveau terrain peut aussi être l'objet d'une donation venant d'un gros propriétaire ou même du châtelain. Ainsi, à Raineville, dans le canton de Villers-Bocage, Melle de Raineville écrit au Maire de la commune en 1861 : "J'ai le dessein d'aider à la reconstruction de l'église de la commune, en lui faisant don de l'emplacement nécessaire". (1). De même, à Molliens-au-Bois, en 1869, toujours dans le canton de Villers-Bocage, M. Poujol de Franqueville, qui finance entièrement la construction de la nouvelle église, offre également l'emplacement. Il s'agit d'un terrain situé dans le haut du village et parmi les habitations, rue Neuve. L'ancien édifice était auparavant placé au milieu du cimetière et à l'extérieur de l'enceinte de l'agglomération.


Ainsi, la nouvelle église, pour laquelle l'ensemble de la communauté s'est investi, doit être située au centre du village.


Cependant, ce choix est parfois discuté. Certains mettent alors en évidence le ou les mauvais côtés pratiques du nouvel emplacement du lieu du culte. Ainsi, à Saint-Léger-les-Domart, dans le canton de Domart-en-Ponthieu, en 1857, "aucun avantage ne peut se produire en bâtissant l'église sur la place publique, c'est l'endroit où l'on rencontre le plus d'inconvénients. Beaucoup d'habitants se servent de cette place pour battre du trèfle, puis du lin et une partie des récoltes. La proximité d'une rue, et d'une route très fréquentée, devant nécessairement interrompre le prêtre aux offices ...." (2). Ainsi, la situation de l'église, parmi le bruit et l'activité économique, pourrait être la cause d'un détachement religieux des populations, tout comme d'ailleurs un changement dans les habitudes. On s'inquiète à ce sujet à Halloy-les-Pernois, là aussi dans le canton de Domart-en-Ponthieu, en 1875, car "le changement de local et partant d'habitudes, peut entraîner du relâchement dans l'accomplissement des devoirs religieux" (3).
Or, les membres du clergé ont une attitude assez diverse à propos du choix de l'emplacement de la nouvelle église. Certains prêtres, comme l'abbé Saint-Aubin à AIlonville en 1840 et l'abbé Dubos à Dreuil-les-Amiens en 1854, près d'Amiens, offrent une partie du terrain dépendant de la maison presbytéral. Celle-ci, située à proximité du cimetière communal et à l'extrémité de l'enceinte des habitations, permet alors de construire la nouvelle église dans des dimensions en rapport avec la population du village, sans toutefois la séparer du "champ des morts". Le centre religieux de la paroisse ne se trouve pas alors divisé.
D'autres prêtres s'opposent au déplacement de l'église. Ainsi, à Fréchencourt dans le canton de Villers-Bocage, en 1859, "M. le curé sème le plus grand désordre dans la commune, en soudoyant les habitants de refuser cette place qui offre tant d'avantages, sous le prétexte qu'il aurait un peu de dérangement pour aller à l'église" (4). L'abbé Lavallard, lui, à Pont-Rémy dans le canton d'Ailly-le-Haut-Clocher, en 1847; organise une souscription publique afin d'acheter un terrain au centre du village sur lequel sera édifiée la nouvelle église, l'ancienne se trouvant au milieu du cimetière à 100 mètres de distance de la première habitation.
Cependant, l'achat du nouveau terrain nécessite une autorisation préfectorale. C'est le Préfet qui, en dernier ressort, donne son accord en promulguant un arrêté officiel. Dans ce cas-là aussi, avant de prendre sa décision, il consulte auparavant l'Évêque. En 1858, Monseigneur Boudinet s'exprime en ces termes, à propos du site de la future église de Saint-Léger-les-Domart, dans le canton de Domart-en-Ponthieu : "L'emplacement le plus convenable, et même le seul convenable, est sans contredit le terrain de la place publique. Une église éloignée du village ne remplirait pas le but religieux, civilisateur et moral, que le Gouvernement, d'accord avec l'Église, se propose en finançant l'édification ou la reconstruction de nos temples" (6).

La place de l'église au XIXème siècle est donc au centre du village, au milieu des habitations et de l'activité économique des villageois. Ce mouvement de recentrage de l'édifice du culte à l'intérieur de l'agglomération, s'appuie largement sur la volonté et l'action des élites locales, de la noblesse notamment.
II s'agit alors de créer une place publique autour de la nouvelle église et au centre du village. Celle-ci regroupe alors l'ensemble des fonctions publiques (mairie et école communale), des fonctions économiques (commerces et artisanats), mais est aussi un lieu de rassemblement de la population, autour, des puits et de la mare communale.



L'église du XIXème siècle est donc celle du village tout entier. Elle trouve tout naturellement sa place au centre de l'agglomération et participe ainsi à la vie quotidienne des villageois. La place publique s'orne alors du nouvel édifice, une vaste église néo-gothique dans la seconde moitié du siècle. Celle-ci, avec ses ornements et sa haute flèche, correspond alors tout à fait aux aspirations des villageois.



(1) . Lettre datée du 27 Juillet 1861 - 99 O 3181 (4) - Raineville. ADS.
(2) . Déclaration de M. Helluin (propriétaire) lors de l'enquête de commodo et incommodo organisée pour déterminer l'emplacement de la future église, le 9 Avril 1857. 99 O 3385 (4) Saint-Léger-les-Domart. ADS.
(3) . Délibération du Conseil de Fabrique du 18 Août 1875. 99 O 2049 (4) Halloy-les-Pernois. ADS.
(4) . Lettre du Maire au Préfet datée du 27 Avril 1859 99 O 1835 (4) Fréchencourt. ADS.
(5) . Lettre de l'Evêque, Monseigneur Boudinet, au Préfet datée du 12 Août 1858 99 0 3385 (4) Saint -Léger-les-Domart. ADS.














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