Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

Les Articles






Les églises du  XIXème siècle dans la Somme :
"Une fièvre de reconstruction".


La construction du monument.







Les églises au XIXème siècle sont construites, dans la plupart des cas, par des entrepreneurs locaux, et ce suivant les plans et devis des architectes. Ceux-ci, auparavant, sont visés par une commission d'architectes, placés sous l'égide du Ministère des Cultes : la Commission des Bâtiments Civils avant 1848, puis la Commission des Arts et Édifices Religieux de 1848 à 1853 (présidée par Eugène Viollet-le-Duc), puis par diverses commissions dans la seconde moitié du siècle.

Leurs observations portent notamment sur la décoration de l'édifice. On demande ainsi en 1871 à l'architecte Deleforterie, plus de simplicité dans l'ornementation de la façade de la future église néo-gothique de Vignacourt, dans le canton de Picquigny. La taille de l'édifice doit aussi être en proportion de la population du village où il va être construit. Ainsi, à propos de la future église de Fréchencourt, dans le canton de Villers-Bocage, le Ministre des Cultes indique au Préfet en 1858 que "l'examen de ce projet a donné lieu de faire observer qu'il offrait des dispositions trop importantes eu égard à la population ... Un édifice conçu dans des données plus modestes et réduit notamment à une seule nef au lieu de trois .... semblerait mieux en rapport avec les besoins réels de la commune de Fréchencourt" (1). Il faut ainsi éviter de construire des édifices trop imposants, qui ne sont le fait que de rivalités, de l'émulation entre communes voisines.
Comme le fait observer, en 1846, le Ministre des Cultes au Préfet, certains projets "témoignent du désir de satisfaire d'un sentiment d'amour-propre et de vanité locale, plutôt qu'à des besoins réels` et urgents" (2).

La commission examine également attentivement le devis de leurs constructions futures, proposés par les architectes. A ce sujet, le Ministre des Cultes met en garde le Préfet en 1850 "Je recommande d'une manière particulière à votre attention la confection du devis. Il faut se prémunir des abus à cet égard et prévenir les communes : le plus dangereux n'est pas toujours l'exagération des évaluations ; c'est au contraire les évaluations insuffisantes qui font croire à une exécution à la portée des ressources pour déterminer à l'entreprendre, et qui ne tarde pas à être démentie par un surcroît de dépenses qui ruine les communes et laisse en présence d'un monument longtemps inachevé" (3). On est ainsi étonné de constater que le coût total de l'édifice à la réception des travaux est toujours supérieur à celui annoncé à l'origine par les architectes dans leurs devis, pourtant très détaillés. La différence s'élève ainsi suivant les cas, de 10 à 25 %, ce qui représente des sommes importantes, et ce d'autant plus que les collectivités ont de plus en plus de difficultés au cours du XIXème siècle à réunir les fonds nécessaires au paiement des travaux.
Parfois, cette augmentation s'explique par la volonté d'un généreux donateur ou par la population toute entière du village, de compléter l'ornementation de l'église. Ainsi, les travaux de construction de l'église d'Havernas étaient évalués l'origine à 42.000 F. Cette somme devait être acquittée en grande partie par le produit d'une souscription dirigée par le Maire, M. de Brandt. Les travaux commencent donc. Une autre souscription est alors organisée, rassemblant au total 30 000 F., ce qui permet de donner à l'édifice un aspect plus monumental. A la réception des travaux, l'ensemble du Conseil municipal constate alors que "les travaux supplémentaires exécutés n'ont fait qu'ajouter à la solidité aussi bien qu'à l'élégance de la construction" (4).

Cependant, dans la plupart des cas, cette augmentation n'est due qu'à un devis incomplet ou mal rédigé par l'architecte. Ainsi, l'architecte amiénois Daullé s'exprime en ces termes, à ce propos, au Préfet en 1859, à l'occasion de la construction de l'église de Flesselles, dans le canton de Villers-Bocage : "Dans cette commune, comme ailleurs, on se méfie des appréciations des architectes et je suis forcé de reconnaître que ce n'est pas sans de justes et légitimes motifs, aussi désirerais-je n'être pas compris dans ceux qui sont connus pour leur mauvaise foi ou leurs ignorances et nous font cette fâcheuse réputation" (5). Difficile de faire la part des choses, sachant que le salaire de l'architecte est calculé en fonction du coût total de la construction (5 % en général).

Les architectes (une quinzaine au total au XIXème siècle nous concerne), sous l'égide des diverses commissions spécialisées ou attachées au Ministère de l'Intérieur, ont tout de même permis aux communautés rurales de se doter d'un édifice consacré au culte, qui répondait à leurs besoins et à leurs aspirations ; une église de style néo-gothique dans la plupart des cas.



(
1) . Lettre du Ministre des Cultes au Préfet datée du 1er juillet 1858. 99 O 1835 (4) Fréchencourt ADS.
(2) . Lettre du Ministre des Cultes au Préfet datée du 24 Septembre 1846. V 431 082. ADS.
(3) . Lettre du Ministre des Cultes au Préfet datée du 28 Juin 1850. V 431 082 . ADS.
(4) . Délibération du Conseil Municipal en date du 26 Janvier 1876. 99 O 2131 (4) Havernas. ADS.
(5) . Rapport de l’architecte Daullé au Préfet daté du 26 août 1855. 99 O 1694 (4) Flesselles. ADS.














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