Les
églises du XIXème siècle dans la Somme :
"Une fièvre de reconstruction".
La construction du monument.
Les églises au
XIXème siècle sont construites, dans la plupart des cas, par
des entrepreneurs locaux, et ce suivant les plans et devis des
architectes. Ceux-ci, auparavant, sont visés par une commission
d'architectes, placés sous l'égide du Ministère des Cultes : la
Commission des Bâtiments Civils avant 1848, puis la Commission des Arts
et Édifices Religieux de 1848 à 1853 (présidée par Eugène
Viollet-le-Duc), puis par diverses commissions dans la seconde moitié du
siècle.
Leurs observations portent notamment sur la décoration de l'édifice. On
demande ainsi en 1871 à l'architecte Deleforterie, plus de simplicité
dans l'ornementation de la façade de la future église néo-gothique de
Vignacourt, dans le canton de Picquigny. La taille de l'édifice doit
aussi être en proportion de la population du village où il va être
construit. Ainsi, à propos de la future église de Fréchencourt, dans le
canton de Villers-Bocage, le Ministre des Cultes indique au Préfet en
1858 que "l'examen de ce projet a donné lieu de faire observer qu'il
offrait des dispositions trop importantes eu égard à la population ...
Un édifice conçu dans des données plus modestes et réduit notamment à
une seule nef au lieu de trois .... semblerait mieux en rapport avec les
besoins réels de la commune de Fréchencourt" (1). Il faut
ainsi éviter de construire des édifices trop imposants, qui ne sont le
fait que de rivalités, de l'émulation entre communes voisines.
Comme le fait observer, en 1846, le Ministre des Cultes au Préfet,
certains projets "témoignent du désir de satisfaire d'un sentiment
d'amour-propre et de vanité locale, plutôt qu'à des besoins réels` et
urgents" (2).
La commission examine également attentivement le devis de leurs
constructions futures, proposés par les architectes. A ce sujet, le
Ministre des Cultes met en garde le Préfet en 1850 "Je recommande
d'une manière particulière à votre attention la confection du devis. Il
faut se prémunir des abus à cet égard et prévenir les communes : le
plus dangereux n'est pas toujours l'exagération des évaluations ; c'est
au contraire les évaluations insuffisantes qui font croire à une exécution
à la portée des ressources pour déterminer à l'entreprendre, et qui ne
tarde pas à être démentie par un surcroît de dépenses qui ruine les
communes et laisse en présence d'un monument longtemps inachevé" (3).
On est ainsi étonné de constater que le coût total de l'édifice à la
réception des travaux est toujours supérieur à celui annoncé à
l'origine par les architectes dans leurs devis, pourtant très détaillés.
La différence s'élève ainsi suivant les cas, de 10 à 25 %, ce qui représente
des sommes importantes, et ce d'autant plus que les collectivités ont de
plus en plus de difficultés au cours du XIXème siècle à réunir les
fonds nécessaires au paiement des travaux.
Parfois, cette augmentation s'explique par la volonté d'un généreux
donateur ou par la population toute entière du village, de compléter
l'ornementation de l'église. Ainsi, les travaux de construction de l'église
d'Havernas étaient évalués l'origine à 42.000 F. Cette somme devait être
acquittée en grande partie par le produit d'une souscription dirigée par
le Maire, M. de Brandt. Les travaux commencent donc. Une autre
souscription est alors organisée, rassemblant au total 30 000 F., ce qui
permet de donner à l'édifice un aspect plus monumental. A la réception
des travaux, l'ensemble du Conseil municipal constate alors que "les
travaux supplémentaires exécutés n'ont fait qu'ajouter à la solidité
aussi bien qu'à l'élégance de la construction" (4).
Cependant, dans la plupart des cas, cette augmentation n'est due qu'à un
devis incomplet ou mal rédigé par l'architecte. Ainsi, l'architecte amiénois
Daullé s'exprime en ces termes, à ce propos, au Préfet en 1859, à
l'occasion de la construction de l'église de Flesselles, dans le canton
de Villers-Bocage : "Dans cette commune, comme ailleurs, on se méfie
des appréciations des architectes et je suis forcé de reconnaître que
ce n'est pas sans de justes et légitimes motifs, aussi désirerais-je n'être
pas compris dans ceux qui sont connus pour leur mauvaise foi ou leurs
ignorances et nous font cette fâcheuse réputation" (5).
Difficile de faire la part des choses, sachant que le salaire de
l'architecte est calculé en fonction du coût total de la construction (5
% en général).
Les architectes (une quinzaine au total au XIXème siècle nous
concerne), sous l'égide des diverses commissions spécialisées ou attachées
au Ministère de l'Intérieur, ont tout de même permis aux communautés
rurales de se doter d'un édifice consacré au culte, qui répondait à
leurs besoins et à leurs aspirations ; une église de style néo-gothique
dans la plupart des cas.
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