Marseille
au XIXème siècle :
la ville et le port.
De nouvelles
conditions
L’axe
Marseille-Lyon-Paris est un des traits dominants de l’économie. Par
voie de terre, sur le fleuve, des tonnes de marchandises sont ainsi
acheminées dans la vallée du Rhône. Cependant, malgré la construction
des routes royales, Marseille demeure à sept jours de trajet de la
capitale. Suivant le modèle anglais, on réfléchit ainsi à la venue du
chemin de fer. Celui-ci paraît nécessaire, car la rapidité et l’abaissement
du coût des transports sont un argument décisif aux yeux des
négociants. Cependant, si la loi sur les chemins de fer, promulguée le
11 juin 1842, doit à moyen terme, amener la constitution du réseau
français, de nombreuses questions demeurent en suspend dans le cas de
Marseille et de son arrière-pays.
Le train doit-il s’arrêter à Arles, avant de gagner Avignon et
Lyon ? Se pose également le problème du coût des travaux ; à la
sortie de la ville est prévu le percement de la montagne de Rove. Toutes
ces discussions s’enveniment également, quand les rouliers et autres
bateliers dénoncent le tort que ferait la venue du chemin de fer pour
leurs professions. Enfin, le 9 janvier 1848, est inaugurée la ligne
Marseille-Arles. Suivant la relation qu’en fit Le Sémaphore, ce
jour-là, les officiels et autres notabilités locales, " s’asseyaient
dans ce formidable train de vingt-et-un wagons pouvant contenir à l’aise
chacun trente-deux voyageurs que deux locomotives devaient
emporter... ". Le trajet dure deux heures vingt-cinq minutes.
Avec le train, c’est l’arrière-pays qui se lie davantage à sa ville,
c’est également le progrès qui arrive à Marseille.
Le 3 novembre
1818, un événement a lieu au port. Le Fernandino Ier
est à quai et c’est le premier navire à vapeur qui arrive à
Marseille. Si les armateurs saisissent rapidement l’opportunité de
cette innovation, les autorités locales sont plus réticentes à l’adoption
du steamer. Ce n’est qu’en 1838 que Marseille commence à l’utiliser
pour remorquer les navires en haute mer. Et pourtant, la ville connaît le
mistral cinquante journées dans l’année en moyenne, auquel s’ajoute
le désagrément des vents contraires. Mais la vapeur ne risque t’elle
pas de faire diminuer le nombre des marins ?
Dans les décennies qui suivent, le steamer s’enrichit de nouveaux
progrès techniques : la construction de coques en fer dès 1845, l’hélice
qui remplace la roue à aube auparavant. Ceci permet de diminuer la
dangerosité du navire, d’en réduire la voilure également. Avec le
steamer, Alger est à moins de trois journées de Marseille, Alexandrie à
deux semaines et Bombay à un mois environ. Petit à petit, la foret des
mats qui encombrent le port s’éclaircit au profit de la fumée noire
qui sort des cheminées.
La flotte du
port de Marseille

Si les voiliers demeurent plus nombreux tout au long du siècle, le nombre
des navires à vapeur est en augmentation constante, avant le triomphe
définitif dans l'entre-deux-guerres. A noter que ces derniers ont également
un plus fort tonnage.
Depuis longtemps,
Marseille tire profit du commerce méditerranéen. Ses navires assurent ainsi
régulièrement la traversée vers les cotes du Maghreb où des négociants ont
installé leurs comptoirs. Ce trafic prend un tour nouveau sous la Monarchie de
Juillet, avec le commencement de la conquête de l’Algérie. Désormais, tout
produit en provenance de ces régions sous la domination française doivent
être transporté par des navires de la métropole. Le port français du Levant
tient là une nouvelle opportunité, qui se confirme à la fin du siècle quand
Jules Ferry décide de relancer la conquête de l’Afrique noire. Entre temps,
le Second Empire aura vu s’achever le canal de Suez.
Vers 1830, un premier projet de percement d’un canal reliant la mer
Méditerranée à la mer Rouge avait été échafaudé par les disciples du
comte de Saint-Simon. En 1854, Muhammad Sa’id, nouveau vice-roi d’Égypte,
confie l’entreprise à Ferdinand de Lesseps. Quatre années plus tard,
celui-ci fonde la Compagnie universelle du canal maritime de Suez. Les travaux
de percement commencent le 25 avril 1859, mais c’est seulement dix années
plus tard que les eaux des deux mers se joignent. Ce projet pharaonique s’est
en effet heurté à de grandes difficultés. Cependant, contrairement aux
craintes des Anglais, le canal n’est pas aussi fréquenté qu’on l’espérait
à Marseille. De plus, cette nouvelle liaison avec les Indes et la Chine, comme
l’Abyssinie, profite davantage aux ports italiens.
Nombre de
navires arrivant à Marseille par le canal de Suez

