Marseille
au XIXème siècle :
la ville et le port.
Les
transformations de la ville.
Le développement
du port est donc à l'origine du maintien et du dynamisme des industries
locales. Suivant en cela le schéma français, Marseille ne voit
s'installer que très progressivement au cours du siècle la grande
industrie. A coté du petit peuple des matelots, ou de l'artisanat, la
population ouvrière est néanmoins de plus en plus importante. On recense
ainsi 4.185 ouvriers à Marseille en 1848, 35.510 en 1890 soit 1/10e de la
population totale de l'agglomération. La dureté de leur travail fait que
ces derniers sont mieux rémunérés que dans d'autres grandes villes,
pour une journée de travail qui bien souvent est plus courte. En 1890, un
docker peut ainsi espérer gagner 6 Frs pour dix heures de labeur
quotidien. Il doit néanmoins subir la concurrence des étrangers,
présents en nombre dans le port, et qui acceptent de s'embaucher avec de
moindres exigences. Aussi le monde ouvrier s'organise. En 1888, est
créée la deuxième Bourse du Travail de France. Celle-ci comptera
jusqu'à 15.000 adhérents.
Ceux-ci ont bien souvent pour interlocuteur l'armateur-négociant. Situé
au sommet de la hiérarchie sociale, ce personnage contrôle tous les
aspects du commerce à Marseille. Il fait construire ses propres navires,
sur lesquels naviguent son personnel. Ceux-ci assurent la liaison entre le
port et les colonies, où ils ont affaire à des représentants de
commerce. Eux aussi sont au service de cette haute-bourgeoisie. La
concentration verticale des activités à leur profit ne s'arrêtent pas
là dans sa diversification, puisque bien souvent l'armateur-négociant se
fait également industriel. Quelques grandes familles s'illustrent ainsi :
les Clot-Bey et les Pastré en Égypte, les Roux en Grèce, les Fabre au
Mozambique... A la fin du siècle, ces dynasties auront bientôt à lutter
avec la création des grandes banques d'affaires, dans un contexte
économique moins serein. Ce marasme contraint d'ailleurs le gouvernement
à imposer des lois protectionnistes. Maître de la place et privé
désormais de toute concurrence, le négoce marseillais vivotera ainsi
pendant de longues décennies.
La ville de
Marseillaise connaît au cours du XIXème siècle une
croissance spectaculaire de sa population.
L'évolution
de la population

Ceci est à mettre sur le compte du développement des activités portuaires
et industrielles de la ville. Ainsi en 1886, 57 % des habitants ne sont pas
nés à Marseille, mais dans l'arrière-pays voisin ou même à
l'étranger. A l'exode rural en effet, s'ajoute une immigration importante,
italienne notamment. Et en 1906, sur 515.000 Marseillais, 102000 sont étrangers,
soit 20 % de la population totale. La cité phocéenne devient cosmopolite, un caractère
que soulignera trente années plus tard Blaise Cendrars, le "
bourlingueur ".
La ville s'étend également. Dans la banlieue, occupée pendant la
première moitié du siècle par la vigne et l'olivier, s'installent les
usines et les logements ouvriers. Une autre partie des classes populaires
demeurent dans la vieille ville en compagnie des classes moyennes, artisans
et commerçants. Aux premiers cependant, les faubourgs nauséabonds,
éloignés des lieux de travail. La haute bourgeoisie marchande, elle, trouve
place près du Vieux Port, dans la partie Sud de la Canebière. Marseille
voit ainsi ses quartiers se spécialiser en fonction de l'appartenance
sociale.
La ville quitte donc son aspect moderne et vieillot, suivant les vœux de la
bourgeoisie triomphante. Sur le modèle haussmannien, le centre-ville
est éventré au profit de larges avenues, la rue Impériale notamment
(aujourd'hui rue de la République). Des immeubles apparaissent également,
tandis que la ville s'équipe en monuments. Le palais de la Bourse est construit en 1860,
le palais de Justice entre 1856 et 1862, le palais du Pharo entre 1858 et
1862, le palais de Lonchamp entre 1862 et 1870. Sortent également de terre
l'Observatoire (1864-65), la Préfecture, Notre-Dame de la Garde (1853-64) ainsi que
trente-huit autres églises. Au cours du siècle, et
notamment sous le Second Empire, Marseille ressemble ainsi à un vaste
chantier.
Cité construite
sous le Second Empire à l'emplacement du Lazaret

