Vie culturelle
Littérature.
Charles
Baudelaire et Les Fleurs du Mal
sont condamnés.
Le poète demande son aide
à l'Impératrice Eugénie, 6 novembre 1857.
Par Marc Nadaux
Mises en vente le 25 juin 1856, Les Fleurs
du Mal de Charles Baudelaire suscitent l'indignation d'un journaliste du
Figaro, Gustave Bourdin. Le 5 juillet suivant, celui-ci s'exerce à une véritable dénonciation
de l'œuvre du poète. Le Ministère de la
Justice s'en émeut et l'ouvrage est bientôt saisi le 17 juillet suivant.
Les poursuites engagées devant la VIème Chambre correctionnelle du
tribunal de Paris aboutissent à la condamnation de Baudelaire à 300
francs d'amende. Six poèmes doivent également être retranchés du
recueil.
L'écrivain, après un moment de réflexion, se décide alors à demander
la protection de l'Impératrice Eugénie en lui adressant personnellement
un courier. Malgré l'opposition du ministre de la Justice, Auguste
Billault, celle-ci accepte d'intervient auprès des autorités. L'amende
qui touche le poète pour ses écrits licencieux est réduite à 50
francs.
6 novembre 1857.
MADAME,
Il faut toute la prodigieuse présomption
d'un poète pour oser occuper l'attention de Votre Majesté d'un cas aussi
petit que le mien. J'ai eu le malheur d'être condamné pour un recueil de
poésies intitulé : Les Fleurs du Mal, l'horrible franchise de mon
titre ne m'ayant pas suffisamment protégé. J'avais cru faire une belle
et grande oeuvre, surtout une oeuvre claire ; elle a été jugée assez
obscure pour que je sois condamné à refaire le livre et à retrancher
quelques morceaux (six sur cent). Je dois dire que j'ai été traité par
la Justice avec une courtoisie admirable, et que les termes mêmes du
jugement impliquent la reconnaissance de mes hautes et pures intentions.
Mais l'amende, grossie de frais inintelligibles pour moi, dépasse les
facultés de la pauvreté proverbiale des poètes, et, encouragé par tant
de preuves d'estime que j'ai reçues d'amis si haut placés, et en même
temps persuadé que le cœur de l'Impératrice est ouvert à la pitié
pour toutes les tribulations, les spirituelles comme les matérielles,
j'ai conçu le projet, après une indécision et une timidité de dix
jours, de solliciter la toute gracieuse bonté de Votre Majesté et de la
prier d'intervenir pour moi auprès de M. le Ministre de la Justice.
Daignez, Madame, agréer l'hommage des sentiments de profond respect avec
lesquels j'ai l'honneur d'être
De Votre Majesté,
le très dévoué et très obéissant serviteur et sujet,
CHARLES BAUDELAIRE
19, quai Voltaire.

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