Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

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Vie culturelle


Littérature.

Charles Baudelaire et Les Fleurs du Mal
sont condamnés. 
 Le poète demande son aide
à l'Impératrice Eugénie, 6 novembre 1857.



Par Marc Nadaux



Mises en vente le 25 juin 1856, Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire suscitent l'indignation d'un journaliste du Figaro, Gustave Bourdin. Le 5 juillet suivant, celui-ci s'exerce à une véritable dénonciation de l'œuvre du poète. Le Ministère de la Justice s'en émeut et l'ouvrage est bientôt saisi le 17 juillet suivant. Les poursuites engagées devant la VIème Chambre correctionnelle du tribunal de Paris aboutissent à la condamnation de Baudelaire à 300 francs d'amende. Six poèmes doivent également être retranchés du recueil.

L'écrivain, après un moment de réflexion, se décide alors à demander la protection de l'Impératrice Eugénie en lui adressant personnellement un courier. Malgré l'opposition du ministre de la Justice, Auguste Billault, celle-ci accepte d'intervient auprès des autorités. L'amende qui touche le poète pour ses écrits licencieux est réduite à 50 francs.   






6 novembre 1857.


MADAME,


Il faut toute la prodigieuse présomption d'un poète pour oser occuper l'attention de Votre Majesté d'un cas aussi petit que le mien. J'ai eu le malheur d'être condamné pour un recueil de poésies intitulé : Les Fleurs du Mal, l'horrible franchise de mon titre ne m'ayant pas suffisamment protégé. J'avais cru faire une belle et grande oeuvre, surtout une oeuvre claire ; elle a été jugée assez obscure pour que je sois condamné à refaire le livre et à retrancher quelques morceaux (six sur cent). Je dois dire que j'ai été traité par la Justice avec une courtoisie admirable, et que les termes mêmes du jugement impliquent la reconnaissance de mes hautes et pures intentions. Mais l'amende, grossie de frais inintelligibles pour moi, dépasse les facultés de la pauvreté proverbiale des poètes, et, encouragé par tant de preuves d'estime que j'ai reçues d'amis si haut placés, et en même temps persuadé que le cœur de l'Impératrice est ouvert à la pitié pour toutes les tribulations, les spirituelles comme les matérielles, j'ai conçu le projet, après une indécision et une timidité de dix jours, de solliciter la toute gracieuse bonté de Votre Majesté et de la prier d'intervenir pour moi auprès de M. le Ministre de la Justice.

Daignez, Madame, agréer l'hommage des sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être 


De Votre Majesté,
le très dévoué et très obéissant serviteur et sujet,


CHARLES BAUDELAIRE
19, quai Voltaire. 











 

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