Le XIXe siècle
(1815 - 1914)

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Sports, loisirs et divertissements.


La course à pied Paris - Belfort
organisée par Le Petit Journal,
1892.



Par Marc Nadaux

 

" Il y eut 1.138 marcheurs engagés, mais 850 prirent le départ. De nombreuses banderoles jalonnaient le parcours, comme celle de Meaux où se situait un contrôle : La Résistance d'un peuple réside dans la force physique de ses enfants. Honneur à nos vaillants marcheurs. C'est C. Ramoge qui gagna les 2. 000 F et l'objet d'art promis en 100 h 05 devant Gonnet, 100 h 48 et Peguet. Il y eut 380 classés en moins de 10 jours. " Aussi Le Petit Journal peut-il affirmer que cette course à pied organisé par l'un de ses journalistes, Pierre Louis Giffard, " a été un triomphe ".

C'est que l'événement, qui précéde de quatre années, la création de la Fédération des Sociétés Athlétiques de France, bénéficie de l'engouement des Français en cette fin de siècle pour les activités physiques. Outre le canotage parisien, cher à l'écrivain Guy de Maupassant, la traditionnelle savate ou boxe française, de nombreuses sociétés de gynastiques se créent, ainsi que des courses cyclistes ou automobiles. L'athlète est une figure de la Belle Epoque, car le culte du corps rejoint les préoccupations contemporaines pour l'hygiène, l'antialcoolisme, la santé de la " race "...

Ajoutons que si cette mode de la course à pied est venue d'Angleterre, le choix d'un tel parcours, Paris à Belfort, ne peut s'expliquer, outre au besoin d'un distance suffisante, la capitale vers les confins,
que par référence au nationalisme ambiant. Belfort, cette ville de l'Est, voisine des provinces perdues et de la " ligne bleue des Vosges ". N'est ce pas là que cette garnison, qui, poursuivant le combat malgré l'armistice du 28 janvier 1871, ne cesse le feu que le 13 février, sur l'ordre du gouvernement français ? Ainsi, le 17, douze mille hommes quittent la ville, le colonel Denfert-Rochereau à leur tête, devant les Prussiens qui leur rendent les honneurs de la guerre.













La course à pied qui vient d'avoir lieu a été un triomphe.

Notre collaborateur Jean sans Terre en a pris l'initiative; lui-même, monté sur sa vaillante bicyclette, il a préparé les voies, examinant les obstacles, mesurant les difficultés aux forces à mettre en mouvement, choisissant en bon maréchal des logis les hôtels où l'on se reposerait, et quand tout a été prêt il a donné le signal du départ.

Douze cents coureurs s'étaient fait inscrire ; peu en somme ont déclaré forfait puisque à six heures du matin, le dimanche 5 juin, devant l'hôtel du "Petit Journal", comme le représente notre dessin, huit cent cinquante gaillards solides et déterminés partaient joyeusement pour Belfort.

Vous connaissez déjà les résultats de cette magnifique épreuve, résultats qu'une foule nombreuse attendait chaque jour, à chaque minute, devant nos bureaux et que le monde entier suivait dans le Petit Journal.

Si l'on considère l'ensemble, on voit que la victoire appartient décidément à ceux que les professionnels appelaient un peu dédaigneusement des amateurs.

Des amateurs comme ceux-là nous en voudrions beaucoup et nous croyons que les malveillants qui nous entourent nous en souhaiteraient moins.

La course Paris-Belfort vient de prouver que nous étions toujours une race très robuste en dépit de ceux qui nous représentent volontiers comme des dégénérés. Un pays qui renferment en telle quantité des hommes capables d'un pareil effort est un pays réellement vigoureux.

Notez encore que tout ce qui est robuste parmi nous n'avait point pris part à la course. Il faut compter ceux que leurs occupations, la craint de se mettre en vue, l'éloignement et tant d'autres causes ont retenu. Sans cela c'est par centaines de mille que l'on se serait mis en chemin.

L'épreuve qui vient de se faire n'est point une amusette, comme un concours de billard ou de boules. C'est une chose fort sérieuse, et le ministre de la guerre l'a parfaitement compris qui a autorisé à y prendre part tous ceux appartenant à l'armée qui l'ont demandé.

C'est une constatation utile de nos forces ; c'est aussi un entraînement excellent.

Les gaillards qui ont franchi les kilomètres qui séparent Belfort de Paris sont des solides, qui préparent à la France une génération solide.

Sans y insister autrement, on pourrait, - révérence parler, - comparer cette course à celles si nombreuses que le gouvernement encourage pour l'amélioration de la race chevaline.

Les sportsmen ne pardonneront de trouver infiniment plus intéressante l'amélioration de la race humaine.

On a dit souvent de Napoléon que ses plus grandes victoires avaient été gagnées avec les souliers de ses soldats. Eh bien ! l'on vient de conduire nos hommes jusqu'à un point particulièrement héroïque de notre frontière, et ils y ont été d'une telle allure qu'il a été facile de voir qu'ils pourraient aller encore beaucoup plus loin.












© Anovi - 2005