Pierre Antoine BERRYER
(Paris, 4
janvier 1790 - Augerville,
29 novembre 1868)
Par Marc Nadaux
Pierre
Antoine Berryer naît à Paris le 4 janvier 1790. Son père, Pierre
Nicolas Berryer, est un avocat réputé, conseiller au Parlement. Après
avoir fait ses études au Collège de Juilly, rouvert et placé sous
l’autorité de l’ordre des Oratoriens en 1796, lui aussi est admis au
barreau à l’âge de vingt et un ans. La même année, le 10 décembre
1811, le jeune magistrat épouse Caroline Gauthier, fille d’un directeur
de la Marine et de la Guerre. Berryer ne tarde pas à affirmer ses
opinions royalistes, offrant pendant les Cent Jours ses services au comte
de Provence, futur Louis XVIII. Pendant les premiers mois de la seconde Restauration, alors
que la violence des partisans du roi se déchaîne dans les départements
du Sud, l’avocat se met au service d’anciens dignitaires de
l’Empire. Avec son père et Dupin l’aîné, il se charge de la défense
du maréchal Ney devant la Chambre des Pairs. Celui-ci est néanmoins exécuté
le 7 décembre 1815. L’année suivante, Pierre Antoine Berryer plaide également
en faveur des généraux Debelle et Cambronne. Il obtient cette fois-ci
leur acquittement, seules peines de prison étant prononcées à leur égard.
Dans les années qui suivent, l’avocat se met au service des
journalistes dans les affaires qui les opposent aux autorités. La législation
sur la presse se fait en effet très contraignante à l’égard des
journaux d’opinion, avec l’installation de « l’autorisation préalable ».
Il défend également les généraux Canuel et Donnadieu, qui avaient pris
la tête de la répression des insurrections de Grenoble en 1818 et de
Lyon en 1820. On accuse ces derniers de violences excessives. La question
religieuse le préoccupe également. Pierre Antoine Berryer est favorable
à l’action du Drapeau blanc, un journal d’opinion de tendance
ultra-légitimiste, qui fait paraître une série d’articles contre
l’esprit de l’Université royale. En 1827, il publie d’ailleurs une
brochure contre l’ordonnance qui soumet les petits séminaires à
l’inspection de cette dernière. L’année précédente, Félicité de
Lamennais bénéficie des ses services. Le prêtre avait fait paraître un
essai, De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre
politique et social, dans lequel il se prononçait pour une
subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel, celui du Pape. Ces
opinions ultramontaines lui valent des poursuites et l’hostilité des
catholiques gallicans.
L’avocat se décide bientôt à entrer en politique afin de défendre
ses idées. Depuis 1822, Berryer occupe les fonctions de vice-président
du collège électoral du deuxième arrondissement de la Seine. A ce
titre, il prend part à la rédaction de l’ordonnance du 20 novembre
1822 portant révision des règlements du barreau. A la mort de Chabron de
Solihac, député de la Haute-Loire, le parti ultra songe à lui. Élu le
26 janvier 1830 avec une forte majorité, Pierre Antoine Berryer refuse néanmoins
de faire partie du cabinet dirigé par le prince de Polignac. Le 9 mars
suivant, le jeune député entre à la Chambre et fait son premier
discours devant l’ensemble des parlementaires. Répondant à l’« Adresse
des 221 », rédigés par une partie d’entre-eux et qui dénonce la
pratique autoritaire du pouvoir par Charles X, il s’agit pour lui de
prendre la défense de la couronne. Écoutant Berryer, Pierre-Paul
Royer-Collard, le chef de file des « Doctrinaires », s’écrit
alors : « Voilà une puissance ».
Peu après, pour faire face à une Chambre hostile à sa politique, le roi
use de son droit de dissolution, avant de tenter un coup d'État. Quatre
ordonnances contraires à l'esprit de la Charte et publiées le 25 juillet
1830 dans un contexte de crise économique déclenche une émeute
dans Paris, le 27 juillet suivant. Tandis qu'une Commission municipale
instituée dès le 28 juillet suivant organise l'insurrection, les
agissements des libéraux amènent alors le duc d'Orléans, cousin de
Charles X, au pouvoir. Nommé le 30 juillet « Lieutenant général
du royaume » par les députés, Louis-Philippe est bientôt proclamé
roi des Français. Il forme le 1er août un nouveau gouvernement placé
sous son autorité, tandis que le roi déchu et sa famille prennent le
chemin de l'exil. Aux cotés de François-René de Chateaubriand, Berryer
proteste à la Chambre, déclarant le 7 août suivant que celle-ci
n’avait pas qualité pour délibérer de la vacance du trône ou élire
un monarque. En vain, après la Restauration, un nouveau régime
s’installe, la Monarchie de juillet, dans lequel l’avocat, qui demeure
partisan de la branche aînée des Bourbons, fait désormais figure
d’opposant.
Il combat tout d’abord la mise en accusation des anciens ministres de
Charles X - Polignac, Peyronnet, Chantelauze et Guernon de Ranville - ,
qui sont condamnés par la Chambre des Pairs à l'internement à vie dans
la prison de Ham, le 21 décembre 1830. L’année suivante, le 5 juillet
1831, Pierre Antoine Berryer est réélu député dans son fief de
Haute-Loire. Au sein du parti légitimiste, il s’oppose notamment à
l’abolition de l’hérédité de la pairie, votée le 29 décembre
1831. Loin donc de se résigner à « l'exil intérieur »,
l’avocat choisit de nouveau la voie de l'expression parlementaire,
refusant l’insurrection que prônera le général Auguste de La
Rochejacquelein. A ce titre, il part à la rencontre de la duchesse de
Berry et tente de la dissuader d’organiser un soulèvement dans le
bocage vendéen. Arrêté et placé en détention à Nantes, Berryer est
renvoyé devant le jury du Loir-et-Cher, la cour d’Assises de Blois qui
l’acquitte. L’avocat s’attache ensuite à défendre Chateaubriand,
emprisonné pour avoir milité en faveur de la libération de la parente
du souverain déchu.
Le 21 juin 1834, aux élections législatives, il est désigné dans
quatre collèges différents pour un nouveau mandat. Ayant opté pour le département
des Bouches du Rhône, Pierre Antoine Berryer se rend à Marseille,
recevant dans la cité phocéenne un accueil enthousiaste. Il est vrai que
l’opposition au gouvernement de Louis-Philippe demeure encore très présente,
notamment dans le Midi méditerranéen. L’année suivante, toujours fidèle
à son roi, il effectue un voyage à Prague, jusqu’au Hradschin, le château
des rois de Bohème, où réside à présent Charles X. Berryer sera
ensuite reçu par l’Empereur d’Autriche. De retour en France, il
apprend en 1836 la mort du souverain déchu. Partageant son existence
entre ses activités politiques et son métier d’avocat, celui qui est désormais
le chef de file du parti légitimiste fait partie « du conseil de défense »
de Louis-Napoléon Bonaparte. Le prétendant bonapartiste comparait devant
la Chambre des Pairs du 26 septembre au 6 octobre pour sa tentative de
coup d’État à Boulogne. Le 27 novembre 1843, il fait partie des
quelques notables reçus par le comte de Chambord à Londres, dans son hôtel
de Belgrave Square. Ayant prêté serment de fidélité au prétendant,
Berryer doit affronter à son retour en France l’hostilité conjuguée
de la Chambre et du gouvernement, qui lui donne un blâme. Commence néanmoins
pour Berryer un nouveau combat.
Avec l’avènement de la Seconde République, au mois d’avril 1848, il
est élu représentant du peuple à l’Assemblée constituante, toujours
dans les Bouches du Rhône, un mandat qui sera renouvelé l’année
suivante. A l’Assemblée législative, Pierre Antoine Berryer siège à
droite et manœuvre afin de réaliser l’union des royalistes, face aux républicains
et au parti de l’Élysée. Celui-ci regroupe les parlementaires
partisans du président Louis-Napoléon Bonaparte. Certains de ses amis,
le comte de Falloux notamment, se rendent à cette fin aux réunions du
« Comité de la rue de Poitiers », regroupant quelques hommes
en vue et que domine les orléanistes avec Adolphe Thiers et Alexis de
Tocqueville. Depuis le mois de décembre 1850, celui-ci fait d’ailleurs
parti, aux cotés de Pierre Antoine Berryer, du cercle qui se réunit
chaque semaine chez le marquis de Pastoral, place de la Concorde, afin de
défendre les intérêts de la monarchie. Ces derniers croient toujours
possible une restauration sur le trône de la branche aînée des
Bourbons. L’été précédent, à la Chambre, au retour d’un voyage à
Wiesbaden pour saluer le comte de Chambord, Berryer parle ainsi à ses
collègues de celui « qui ne peut rentrer en France sans être le
premier des Français ». Le 30 août 1850 cependant, le ce dernier
s'adresse dans la « Circulaire de Wiesbaden » aux représentants
du parti légitimiste et déclare se réserver la gestion de ses intérêts.
Ce n’est que la première des nombreuses déclarations d’intention du
prétendant, celle-ci prenant néanmoins de cours ceux qui lui sont dévoués,
au premier rang desquels se trouve Berryer.
Le 15 janvier 1851, l’orateur monte une nouvelle fois à la tribune du
Corps législatif et pose la question de la monarchie. L’heure cependant
est à l’opposition entre les deux pouvoirs, législatif et exécutif. Désireux
de se maintenir en ses fonctions de président, Louis Napoléon Bonaparte
tente en vain d'influer pour l'abrogation de l'article 45 de la
Constitution du 4 novembre 1848. Celui-ci stipule que le Président de la
République, élu pour quatre années, n'est pas immédiatement rééligible.
Il lui faut donc recourir à la force. Un coup d'État est organisé les
1er et 2 décembre 1851, date de la victoire d'Austerlitz et du
sacre de l'Empereur, Louis-Napoléon Bonaparte souhaitant placer les événements
sous les auspices de Napoléon Ier. Malgré quelques résistances à
Paris, dans les régions du Centre et du Sud-Est les jours suivant, Louis
Napoléon Bonaparte et ses partisans s'imposent en organisant la répression.
Berryer figure parmi les députés protestataires qui se réunissent à la
mairie du dixième arrondissement et votent la déchéance du chef de
l’exécutif. Arrêté, il est alors conduit à la caserne du Quai d’Orsay
et, de là, à Vincennes. Remis enfin en liberté, le député royaliste,
à la différence notamment de Charles de Montalembert, délaisse le Corps
législatif, où toute opposition est désormais rendue impossible, et
retourne au barreau.
Le 12 février 1855, Pierre Antoine Berryer est élu à l’Académie française,
seul lieu public désormais d’opposition au pouvoir de Napoléon III. Il
demande cependant d’être exempté de la visite officielle à l’Empereur,
en prétextant qu'il serait peut-être désagréable à Louis-Napoléon
Bonaparte de se retrouver en face de son ancien avocat… C’est en 1863
qu’il effectue son retour à la vie politique, celle-ci se libéralisant
peu à peu, au Corps législatif notamment. Elu député à Marseille,
Berryer figurera de nouveau pendant ses années de mandat dans
l’opposition. Il s’attache ainsi à protester contre le désordre des
finances, demandant la baisse des crédits consacrés aux armées,
proteste également contre l’attitude du gouvernement dans l’affaire
des emprunts mexicains. En 1868, l’avocat soutient un de ses jeunes collègues
du barreau, Jules Ferry, qui venait de rédiger une série d'articles pour
le journal Le Temps dénonçant avec virulence l'éventrement et la
curée du vieux Paris par l’omnipotent préfet de la Seine, Georges Eugène
Haussmann. En 1865, Berryer est invité outre-Manche par ses collègues
anglais, Lord Brougham notamment. A Londres, pendant le banquet donné en
son honneur, Berryer répond alors aux manifestations de sympathie en célébrant
les bienfaits de la liberté que permet la monarchie et l’équilibre des
institutions.
Souffrant au début de l’année 1868, il se décide à quitter la
capitale et gagne sa propriété d’Augerville, dans le Loiret. De là,
le 18 novembre, celui qui pendant plus de quarante années s’était dévoué
à la cause des Bourbons, fait parvenir au comte de Chambord cette dernière
missive :
O Monseigneur,
O mon Roi, on me dit que je touche à ma dernière heure.
Je meurs avec la douleur de n’avoir pas vu le triomphe de
vos droits héréditaires, consacrant le développement des libertés dont
la France a besoin. Je porte ces vœux au Ciel pour Votre Majesté, pour
Sa Majesté la Reine, pour notre chère France.
Pour qu’il soit moins indigne d’être exaucé par Dieu,
je quitte la vie armé de tous les secours de notre Sainte Religion.
Adieu Sire, que Dieu vous protège et sauve la France.
Votre fidèle et dévoué sujet,
Berryer.
Pierre
Antoine Berryer décède quelques jours plus tard, le 29 novembre 1868.

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